14.05.2009
Refonder...
Vingt-neuf personnalités lancent un appel pour "refonder l'université"
LEMONDE.FR | 14.05.09 | 16h22
Vingt-neuf personnalités du monde universitaire lancent un appel pour "refonder l'université". Les signataires sont des noms prestigieux, issus de tous les horizons politiques et de toutes les disciplines, allant du philosophe Marcel Gauchet au juriste Guy Carcassonne, en passant par le mathématicien Jean-Pierre Demailly, le professeur de sociologie François Dubet ou le philosophe Bruno Karsenty. Une partie d'entre eux avait déjà signé un texte dans Le Monde en janvier ("Université pas de normalisation par le bas").
Alors que les positions de ces personnalités ont divergé sur la loi sur l'autonomie des universités, dite LRU, toutes souhaitent mobiliser d'une même voix la communauté universitaire et scientifique autour d'un texte qui ambitionne de refonder l'université.
Un signal fort du fait de la personnalité des signataires, mais aussi par sa tonalité résolument réformatrice. Les quatre pages partent du constat du déclin de notre université et de l'urgence qu'il y a à proposer une véritable refondation, émergeant du monde universitaire lui-même. Une solution qui passe bel et bien par l'autonomie des universités.
Au rang des propositions, les signataires veulent en finir avec "la concurrence déloyale" que subit cette institution, délaissée par les meilleurs bacheliers au profit des classes préparatoires aux grandes écoles et les autres classes sélectives de l'enseignement supérieur. Ils proposent de réunir ces formations au sein d'"un grand service public propédeutique".
S'ils ne remettent pas en cause le droit de tous les bacheliers à s'inscrire à l'université, ils proposent un parcours en quatre années pour les plus fragiles et un fléchage plus efficace permettant d'en finir avec le taux d'échec dans les premiers années d'enseignement supérieur.
Le texte ouvre aussi le débat sur "un capital minimum de départ attribué à chaque étudiant" afin d'enrayer la paupérisation et la dégradation de leur situation matérielle et propose une sélection à l'entrée en première année de master, comme chez nos voisins.
Réfonder l'université française
Il est désormais évident que l'Université française n'est plus seulement en crise. Elle est, pour nombre de ses composantes, à peu près à l'agonie.
Qu'on comprenne bien ce que cela signifie. L'Université n'est pas tout l'enseignement supérieur français. Les classes préparatoires, celles de BTS, les IUT (lesquels font formellement partie des universités), et l'ensemble des petites, moyennes ou grandes écoles, publiques ou privées recrutent largement. Mais c'est au détriment des formations universitaires, que les étudiants désertent de plus en plus, et cela tout particulièrement pour les études scientifiques.
Le secteur non universitaire de l'enseignement supérieur offre des formations techniques et professionnelles, parfois de qualité, mais parfois aussi très médiocres. Même si la situation évolue depuis quelques années pour sa fraction supérieure (les "grandes écoles"), ce secteur n'a pas vocation à développer la recherche et à donner des outils de culture et de pensée, et guère les moyens humains et scientifiques de le faire.
C'est dans les universités que l'on trouve la grande majorité des savants, des chercheurs et des professionnels de la pensée. Pourtant, alors qu'on évoque l'émergence d'une "société de la connaissance", nos universités ont de moins en moins d'étudiants et ceux-ci sont rarement les meilleurs. Une telle situation est absurde. Dans aucun pays au monde l'Université n'est ainsi le maillon faible de l'enseignement supérieur.
Le processus engagé depuis déjà plusieurs décennies ne conduit pas à la réforme de l'Université française, mais à son contournement. Il ne s'agit pas en disant cela de dénoncer un quelconque complot, mais de prendre acte de la dynamique d'un système à laquelle chacun contribue par ses "petites décisions" ou par sa politique : les étudiants, leurs familles, les lycées, publics et privés, les entrepreneurs d'éducation, les collectivités locales et, in fine, l'État lui-même.
Le déclin de l'Université, matériel, financier et moral, est désormais bien trop avancé pour qu'on puisse se borner à repousser les réformes proposées. Si des solutions susceptibles de réunir un très large consensus parmi les universitaires et les chercheurs mais aussi au sein de l'ensemble de la société française ne sont pas très rapidement formulées, la catastrophe culturelle et scientifique sera consommée.
Or de qui de telles propositions pourraient-elles procéder sinon des universitaires eux-mêmes ? C'est dans cet esprit que les signataires du présent manifeste, très divers dans leurs choix politiques ou idéologiques, y compris dans leur appréciation de la loi LRU, ont tenté d'identifier les points sur lesquels un très large accord pouvait réunir tous les universitaires responsables et conscients des enjeux. L'enjeu n'est rien moins que de refonder l'Université française en la replaçant au centre de l'enseignement supérieur.
-1. Place de l'Université.
Une des principales raisons du marasme de l'Université française est qu'elle se trouve en situation de concurrence déloyale avec tout le reste du système d'enseignement supérieur (classes préparatoires et de BTS, IUT, écoles de tous types et de tous niveaux), toutes institutions en général mieux dotées per capita et davantage maîtresses du recrutement de leur public.
On touche là à un des non-dits récurrents de toutes les réformes qui se sont succédé en France. Cette situation est d'autant plus délétère que la gestion de l'enseignement supérieur dans son ensemble dépend d'autorités ministérielles et administratives distinctes (l'enseignement secondaire pour les classes préparatoires et les STS, les ministères sectoriels pour les écoles professionnelles diverses), voire échappe à tout contrôle politique. Imagine-t-on un ministère de la Santé qui n'ait que la tutelle des hôpitaux publics !
La condition première d'une refondation de l'Université est donc que le ministère de l'Enseignement supérieur exerce une responsabilité effective sur l'ensemble de l'enseignement supérieur, public ou privé, généraliste ou professionnel. C'est à cette condition impérative qu'il deviendra possible d'établir une véritable politique de l'enseignement supérieur en France et de définir la place qui revient à l'Université dans l'ensemble de l'enseignement supérieur.
Plus spécifiquement, un tel ministère aura pour mission première de créer un grand service public propédeutique de premier cycle réunissant (ce qui ne veut pas dire normalisant dans un cycle uniforme) IUT, BTS, classes préparatoires et cursus universitaires de licence.
Il lui faudra également procéder à une sorte d'hybridation entre la logique pédagogique des classes supérieures de l'enseignement secondaire et des écoles professionnelles d'une part, et celle des universités d'autre part ; c'est-à-dire introduire davantage l'esprit de recherche dans les premières et, symétriquement, renforcer l'encadrement pédagogique dans les secondes.
- 2. Missions de l'Université.
La mission première de l'Université est de produire et de transmettre des savoirs à la fois légitimes et innovants. Assurément, d'autres missions lui incombent également. Elle ne peut notamment se désintéresser de l'avenir professionnel des étudiants qu'elle forme. Elle est par ailleurs responsable de la qualité de la formation initiale et continue qu'elle délivre et de la transmission des moyens intellectuels, scientifiques et culturels à-même d'assurer une citoyenneté démocratique éclairée.
Deux principes doivent commander l'articulation entre ces différentes missions : d'une part, le souci primordial de la qualité et de la fiabilité des connaissances produites et transmises; d'autre part, la distinction nécessaire entre missions des universités et missions des universitaires, soit entre ce qui incombe à l'établissement considéré globalement et ce qui incombe individuellement aux enseignants-chercheurs et chercheurs.
Parce qu'une université doit être administrée, pédagogiquement et scientifiquement, et se préoccuper de la destinée professionnelle de ses étudiants, il est nécessaire qu'elle dispose en quantité et en qualité suffisantes de personnels administratifs et techniques spécialisés dans ces tâches.
Il incombe en revanche à des universitaires volontaires d'en assurer le pilotage. D'importantes décharges de service d'enseignement doivent alors leur être octroyées. Quant au service d'enseignement lui-même, sauf heures complémentaires librement choisies, il ne saurait excéder les normes précédemment en vigueur.
De même, le régime d'années ou semestres sabbatiques de recherche, qui est la norme dans toutes les universités du monde, doit être à la hauteur de la vocation intellectuelle de l'Université, et non plus géré de façon malthusienne.
- 3. Cursus.
Il convient de distinguer clairement l'accès à l'enseignement supérieur pour les bacheliers et l'accès aux masters.
En ce qui concerne l'entrée en licence, il convient de rappeler que le principe du libre accès de tout bachelier à l'enseignement supérieur est, en France, un des symboles mêmes de la démocratie, le pilier d'un droit à la formation pour tous. Il n'est ni possible ni souhaitable de revenir sur ce principe.
Mais il n'en résulte pas, dans l'intérêt même des étudiants, que n'importe quel baccalauréat puisse donner accès de plein droit à n'importe quelle filière universitaire.
Pour pouvoir accueillir à l'Université les divers publics issus des baccalauréats, il faut y créer aussi des parcours différenciés. Seule une modulation des formations pourra permettre de concilier les deux versants de l'idéal universitaire démocratique : l'excellence scientifique, raison d'être de l'Université, et le droit à la formation pour tous, qui la fonde en tant que service public.
Il convient donc à la fois de permettre une remise à niveau de ceux qui ne peuvent accéder immédiatement aux exigences universitaires – par exemple en créant des cursus de licence en 4 ans –, et de renforcer la formation pour d'autres publics, par exemple en créant des licences bi-disciplinaires qui incarnent une des traductions concrètes possibles de l'idéal d'interdisciplinarité, si souvent proclamé et si rarement respecté.
Il convient du même coup que l'Université puisse sélectionner ses futurs étudiants selon des modalités diverses, permettant d'identifier les perspectives d'orientation des étudiants et d'y associer un cursus adapté.
Une telle modification des règles du jeu universitaire ne peut toutefois être introduite sans qu'elle s'accompagne d'une amélioration substantielle de la condition étudiante en termes de financement et de conditions de travail. Le refus actuel de regarder en face la variété des publics étudiants conduit en effet à leur paupérisation et à la dégradation de leur situation matérielle et intellectuelle au sein des Universités. L'idée d'un capital minimum de départ attribué à chaque étudiant mérite à cet égard d'être envisagée.
En ce qui concerne les études de master, il est, de toute évidence, indispensable d'instaurer une sélection à l'entrée en première année et non en deuxième année, comme c'est le cas actuellement en application de la réforme des cursus de 2002 qui a créé le grade de master (système "LMD").
La rupture ainsi introduite au sein du cycle d'études de master a d'emblée fragilisé ces nouveaux diplômes, en comparaison des anciens DEA et DESS qu'ils remplaçaient. Il faut également supprimer la distinction entre masters professionnels et masters recherche qui conduit paradoxalement à drainer vers les cursus professionnels les meilleurs étudiants, ceux qui seraient précisément en mesure de mener des études doctorales.
- 4. Gouvernance.
Tout le monde s'accorde sur la nécessaire autonomie des universités. Mais ce principe peut être interprété de manières diamétralement opposées. Sur ce point la discussion doit être largement ouverte, mais obéir à un double souci.
D'une part, il convient de ne pas confondre autonomie de gestion (principalement locale) et autonomie scientifique (indissociable de garanties statutaires nationales).
D'autre part, pour assurer la vitalité démocratique et scientifique des collectifs d'enseignants-chercheurs, qui forment en propre l'Université, il est indispensable de concevoir des montages institutionnels qui assurent au corps universitaire de réels contre-pouvoirs face aux présidents d'Université et aux conseils d'administration, ce qui suppose des aménagements significatif de la loi LRU.
Il faut, en somme, redonner au principe de la collégialité universitaire la place déterminante qui lui revient et qui caractérise l'institution universitaire dans toutes les sociétés démocratiques. Le renouveau de ce principe de collégialité doit aller de pair avec une réforme du recrutement des universitaires qui permette d'échapper au clientélisme et au localisme.
Par ailleurs il est clair que l'autonomie ne peut avoir de sens que pour des universités qui voient leurs ressources augmenter et qui n'héritent pas seulement de dettes. En ce qui concerne la recherche, cela signifie que les ressources de financement proposées sur appels d'offre par les agences ne soient pas prélevées sur les masses budgétaires antérieurement dédiées aux subventions de financement des laboratoires, mais viennent s'y ajouter.
De manière plus générale, en matière de recherche, il convient de mettre un terme à la concurrence généralisée entre équipes, induite par la généralisation du financement contractuel, lequel engendre souvent un véritable gaspillage des ressources, en garantissant aux laboratoires un certain volume de soutien financier inconditionnel accordé a priori et évalué a posteriori, notablement plus important qu'il ne l'est aujourd'hui.
Bien d'autres points mériteraient assurément d'être précisés. Mais les principes énoncés ci-dessus suffisent à dessiner les contours d'une Université digne de ce nom. Nous appelons donc tous ceux de nos collègues – et nous espérons qu'ils représentent la très grande majorité de la communauté universitaire et scientifique – à nous rejoindre en signant ce Manifeste. Celui-ci pourrait servir de point de départ à une véritable négociation, et non à des simulacres de concertation, et être à la base d'une auto-organisation d'États généraux de l'Université.
Premiers signataires :
Olivier Beaud, professeur de droit public à Paris II
Laurent Bouvet, professeur de science politique à l'université de Nice Sophia-Antipolis
François Bouvier, président de l'association des délégués régionaux à la recherche et à la technologie
Alain Caillé, professeur de sociologie à Paris Ouest-Nanterre- La Défense
Guy Carcassonne, professeur de droit public à Paris Ouest -La Défense
Jean-François Chanet, professeur d'Histoire, Lille III
Philippe Chanial, maître de conférences en sociologie à Paris IX-Dauphine
Franck Cochoy, professeur de sociologie à Toulouse II
Jean-Pierre Demailly, Mathématicien, Professeur à l'Université de Grenoble I, Académie des Sciences
Vincent Descombes, philosophe, directeur d'études à l'EHESS Olivier Duhamel, professeur de droit public à l'IEP
François Dubet, professeur de sociologie à Bordeaux II et directeur d'études à l'EHESS
Pierre Encrenaz, professeur de physique a l UPMC et à l'Observatoire de Paris, membre de l'Académie des Sciences .
Olivier Favereau, économiste, professeur à Paris Ouest-Nanterre-La Défense
Marcel Gauchet, philosophe, directeur d'études à l'EHESS
Bruno Karsenti, philosophe, directeur d'études à l'EHESS
Philippe de Lara, maître de conférences en science politique à Paris II
Franck Lessay, Professeur à Paris III (Institut du Monde Anglophone)
Yves Lichtenberger, professeur de sociologie à Paris Est-Marne-la-Vallée
Bernadette Madeuf, économiste, présidente de Paris Ouest-Nanterre-La Défense
Dominique Méda, sociologue, directrice de recherches au Centre de Recherches pour l'Emploi
Pierre Musso, Professeur de sciences de l'information et de la communication à l'Université Rennes I
Catherine Paradeise, professeur de sociologie à Paris Est- Marne la Vallée
Philippe Raynaud, philosophe, professeur de sciences politiques à Paris IV
Philippe Rollet, président de Lille I Pierre Schapira, professeur de mathématiques à Paris VI, Université Pierre et Marie Curie
Frédéric Sudre, professeur de droit public à Montpellier François Vatin, professeur de sociologie à Paris Ouest-Nanterre-La Défense
Michèle Weindenfeld, maître de conférences de mathématiques, ancienne présidente de l'université d'Amiens
19:26 Publié dans info | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : manifeste, université, reforme
29.04.2009
la "SORBONNE"
Ca devient n'importe quoi l'université...
lire ici.
12:29 Publié dans info | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : paris 1, paris 4, paris 3, université
30.03.2009
die-in...
22:57 Publié dans info | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
29.01.2009
la recherche...
UNIVERSITÉ ET RECHERCHE : LE NOBEL DE PHYSIQUE ALBERT FERT CRITIQUE SÉVÈREMENT SARKOZY ET PÉCRESSE
Depuis qu'Albert Fert a décroché le prix Nobel de Physique, en octobre 2007, Nicolas Sarkozy et Valérie Pécresse lui filent le train. Objectif : que cet élégant physicien soutienne publiquement les réformes du système de recherche et d'enseignement supérieur décidées par l'Elysée.
Débonnaire, prudent en politique, de caractère plutôt gentil et passionné surtout de physique (et de jazz), Albert Fert a longtemps laissé dire un Président qui prétend que son histoire scientifique donne raison à ses réformes.
Pourtant, le jour de l'annonce de son Nobel, alors qu'il siégeait en Conseil Scientifque du Cnrs, il avait déjà indiqué qu'il ne se laisserait pas manipuler. C'est ainsi que j'avais publié dans Libération le lendemain de la nouvelle du Nobel, cette phrase, malheureusement prémonitoire d'Albert Fert : "En cette période de transformation de notre système de recherche, j'ai envie de dire à notre ministre Valérie Pécresse d'éviter une approche idéologique, qu'il faut absolument garder la capacité de coordination, d'élaboration d'une stratégie nationale du Cnrs dont l'Agence nationale de la recherche (ANR) n'est pas dotée. Ce que dit ce Nobel, c'est aussi que si la recherche est importante pour l'économie, elle commence par des travaux fondamentaux qu'il faut ensuite transférer de manière fluide vers les entreprises (..) Désolé, je dois vous quitter, monsieur Sarkozy m'appelle".
Aujourd'hui, Albert Fert me transmet un texte qu'il signe avec trois autres scientifiques de renom. Précis, argumenté, ce texte critique durement la politique de Nicolas Sarkozy et de Valérie Pécresse, tant pour la recherche que pour l'Université. Les scientifiques et les universitaires y verront un encouragement à leur action en cours contre ces réformes, qui pourrait prendre la forme d'une grève dure à partir de lundi prochain. Le blog Science2 publie ce texte avec l'accord de ses signataires. Le voici ci dessous et en pdf.
Réforme des universités et de la recherche : des discours aux actes
Par :
Bruno Chaudret, chimiste, membre de l’Académie des sciences, directeur de recherche, Albert Fert, physicien, prix Nobel 2007, professeur, Yves Laszlo, mathématicien, professeur, Denis Mazeaud, juriste, professeur.
Depuis des mois, le gouvernement proclame sa volonté de réformer le système de l’enseignement supérieur et de la recherche pour le hisser au meilleur niveau mondial.
De nombreux représentants de la communauté scientifique, parmi lesquels des signataires de ce texte, ont manifesté un grand intérêt pour ce projet et ont proposé de nombreuses pistes de réflexion. Le ministère les a pieusement écoutés pour ensuite ne tenir aucun compte de leurs suggestions et remarques. Et les orientations finalement retenues, souvent en contradiction avec le but affiché, sont extrêmement préoccupantes.
Ainsi, alors que l’objectif affiché est l’excellence de nos universités et de notre recherche, alors que Mme Pécresse a proclamé sa volonté de porter nos meilleurs établissements aux premiers rangs du fameux classement de Shanghai, comment comprendre que les réductions d’effectifs annoncées touchent notamment les universités les mieux placées dans ce classement ?
Le ministère réplique que ces suppressions de postes pourront être compensées par la possibilité de moduler la charge d’enseignement des universitaires en fonction de leur activité de recherche, possibilité qu’introduit un récent projet de décret. Une modulation des services, dans son principe, pourrait avoir l’intérêt de réduire la lourdeur de la charge d’enseignement qui handicape l’activité de recherche de nombreux universitaires, notamment vis-àvis de certains collègues étrangers. Mais ses modalités de mise en oeuvre en font une mesure dangereuse, hypocrite et contre-productive.
La modulation envisagée est dangereuse : elle dépend du seul pouvoir du président d’université et de son conseil d’administration, nullement liés par l’avis seulement consultatif du Conseil National des Universités. Cet organe représentatif, chargé de l’évaluation des universitaires, tire pourtant sa légitimité de son indépendance à l’égard du pouvoir central (ministère) et des pouvoirs locaux (président et conseils d’université) ainsi que de sa composition, qui garantit une évaluation des universitaires par des pairs compétents, ce qui est indispensable à toute évaluation impartiale et équitable. En le confinant à un rôle subalterne et en conférant des pouvoirs exorbitants aux présidents d’université, la réforme porte gravement atteinte au principe d’indépendance des universitaires. Or ce principe est consacré dans tous les pays dotés d’universités performantes, tout simplement parce que l’indépendance est indispensable à une recherche créative et à un enseignement de qualité. « L’université est une communauté de chercheurs scientifiques libres de suivre leurs idées dans n’importe quel domaine du savoir » a dit un président de l’université Rockfeller, célèbre université privée américaine. Loin d’améliorer la qualité de la recherche et de l’enseignement supérieur, la réforme projetée aboutira ainsi au « clientélisme » et au « localisme » si souvent dénoncés par le ministère.
La modulation envisagée est également hypocrite. Alors qu’on la présente comme un moyen d’améliorer la qualité de la recherche, on doit craindre qu’elle soit seulement un moyen d’alourdir la charge d’enseignement des universitaires. Comment le ministère peut-il supprimer des postes dans de très bonnes universités et soutenir, en même temps, que la modulation servira à alléger les charges d’enseignement de la majorité d’excellents chercheurs de ces universités ? L’érosion du potentiel d’enseignement empêchera de facto la modulation à la baisse et imposera la modulation à la hausse, quel que soit le niveau des Universités et des universitaires.
Et cette modulation s’avèrera ainsi finalement contre-productive. A l’inverse de la volonté affichée par le ministère, cette mesure, si elle aboutit donc à alourdir la charge d’enseignement, affaiblira durablement le potentiel de recherche des universitaires. Le souci de ne pas gaspiller l’argent des contribuables est légitime et nécessaire. Encore faut-il que ces économies s’avèrent productives. A l’heure où l’économie réelle a besoin d’investissements d’avenir aux dires mêmes du président de la République, la politique à courtevue de coupes claires sans discernement dans la recherche et l’enseignement supérieur est suicidaire.
Et là ne résident pas les seules contradictions.
Premier exemple, les « chaires organisme-université ». Ces postes, destinés à attirer les jeunes chercheurs les plus brillants, offrent une meilleure rémunération, des crédits de recherche et un service d’enseignement allégé pendant 5 ou 10 ans. L’idée, si elle ne doit pas cacher la « misère universitaire française », était assurément séduisante. Mais sa mise en oeuvre est désastreuse. Dans la configuration actuelle, en effet, chaque chaire, avec ses crédits de recherche budgétisés avec les salaires, coûte presque autant que deux postes d’enseignant-chercheur ou de chercheur : à budget constant, chaque chaire « consomme » donc deux postes ou presque et conduit ainsi à diminuer le nombre global de postes disponibles. Et le ministère a refusé tous les modes de financement alternatifs, même ceux n’entraînant pas d’augmentation du budget de l’enseignement supérieur. Cette diminution des postes disponibles réduira le nombre global de brillants chercheurs recrutés et ira donc à l’encontre du but recherché : attirer ou retenir les meilleurs. Une bonne idée potentielle a ainsi été travestie en « une idée astucieuse pour rendre des postes à Bercy ».
Deuxième exemple, la réorganisation de la structuration de la recherche. La France doit nombre de ses succès scientifiques aux organismes (CNRS notamment) qui garantissent la cohérence de l’effort national de recherche. La recherche universitaire est particulièrement performante dans les laboratoires dits mixtes, associant en partenariat l’organisme de recherche avec une université ou une entreprise. Il est surprenant d’entendre le président de la République annoncer le 22 janvier la transformation totale du CNRS en agence de moyens, ce qui serait la fin de cette fructueuse mixité, au mépris du plan stratégique de l’organisme pourtant accepté par l’Etat il y a 6 mois. Ce dans un discours où il célèbre l’un de nous, qui effectue sa recherche dans un laboratoire… mixte ! S’il importe de moderniser les Organismes, c’est en instituant un partenariat équilibré avec l’Université. Il faut aussi donner des moyens réels aux Organismes. Or, la réorganisation du CNRS en Instituts s’accompagne de nouvelles missions (notamment le développement de projets transdisciplinaires nationaux) pour lesquelles des moyens supplémentaires n’ont pas été déployés, ce qui handicape sa capacité de soutien aux laboratoires. Sans parler de la baisse du nombre de ses recrutements, dont la qualité est pourtant reconnue, ni du risque d’éclatement pur et simple de l’organisme qui sonnerait le glas d’une vision nationale pluridisciplinaire de la science française.
Troisième exemple, la politique de financement des projets de recherche. Le gouvernement connaît les dangers d’un excès de financement de projets à court terme ou trop ciblés, aux dépens des dotations annuelles des laboratoires et des financements de projets libres (dits blancs). Pourtant, la part réelle des dotations annuelles dans le budget des laboratoires diminue tandis que l’augmentation réelle des projets blancs est dérisoire à l’aune des standards internationaux. La ministre elle-même avait pourtant reconnu la nécessité d’en augmenter significativement la part.
Les enseignants-chercheurs sont, quelle que soit leur affinité politique, largement opposés à la réforme actuellement engagée, incohérente et mal pensée. La gravité de la situation et la stérilité des discussions avec le ministère contraignent le milieu à des actions de protestation inhabituelles dans une atmosphère explosive : appel de la conférence des présidents d’université au président de la République, rétention de notes, signature de pétitions, appel à la grève… Certains envisagent la cessation des responsabilités collectives qu’ils assument.
Nous en appelons au Gouvernement pour une réforme respectueuse des libertés universitaires et soucieuse réellement de la qualité de la recherche française. Madame la ministre, Messieurs les conseillers, la recherche et l’enseignement supérieur valent mieux que des mesures incohérentes et contraires à l’ambition affichée : la performance !

14:12 Publié dans info | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : grève, nobel, physique, reforme, pécresse
09.01.2009
dramatique...
Manuel de destruction culturelle, chapitre 1: l'université
PAR PIERRE JOURDE (ÉCRIVAIN)
Dans une grande université de la région parisienne, et elle est loin d'être la seule, des professeurs ou des maîtres de conférences (agrégés, docteurs, chercheurs, etc.) passent beaucoup de temps à délivrer à leurs étudiants des cours d'orthographe (ailleurs, c'est de la syntaxe). Parce qu'on a fini par admettre, devant l'étendue des dégâts, qu'il fallait bien rédiger un peu correctement pour faire des études supérieures de Lettres. Voilà où en est l'université, voilà à quoi elle sert. Comme on ne peut pas sélectionner à l'entrée, et qu'on doit donc accepter tous les étudiants à la fois titulaires du baccalauréat et incapables de rédiger une phrase (ce qui fait énormément d'étudiants), on emploie des chercheurs de haut niveau à apprendre les règles d'accord du participe passé et les conjugaisons. Logique. L'université ne doit pas sélectionner, mais elle doit, en même temps, délivrer des formations professionnalisantes. A ceux qui exigent que l'université professionnalise sans sélectionner, il faudrait demander s'ils accepteraient d'être opérés par un chirurgien qui a rejoint la profession sans sélection. Ou que leur enfant reçoive l'enseignement d'un instituteur recruté sans sélection. Eh bien c'est pour demain.

S'il faut professionnaliser sans sélection, laissons tomber l'orthographe, et même la littérature en général. Ou alors, il faut appliquer au supérieur la méthode préconisée par M. Darcos en primaire: est-il vraiment nécessaire d'avoir recours à un agrégé, docteur ès lettres, habilités à diriger les recherches, pour enseigner l'accord du participe passé? Un certifié fera largement l'affaire. Mais là, nous avons un problème. Avec la réforme des concours concoctée par le ministère, un certifié de lettres aura une parfaite connaissance du système éducatif, et des notions rudimentaires de langue, de culture générale et de littérature. Il n'aura donc pas les capacités pour assurer un cours d'orthographe. Exagération? Pas du tout, si l'on en croit l'orthographe, le niveau de langue et de culture du candidat moyen au Capes, voire, de plus en souvent, l'orthographe de certaines annotations de professeurs sur les bulletins scolaires[1].
La formation universitaire des professeurs obéira à la même logique que celle qui préside au recrutement des fonctionnaires, et à la politique de formation en général: fabriquer des visseurs de boulons, qui ne pensent pas plus loin que leurs boulons. Sur ce point, la politique gouvernementale rejoint les vœux de certains héritiers de Bourdieu qui se sont exprimés sur la réforme des concours de la fonction publique: pour eux, la culture générale est discriminatoire, car elle est l'apanage des enfants de la bourgeoisie. La Princesse de Clèves au programme d'un concours de la fonction publique? Le sémillant André Santini se révolte. Quel scandale! Discrimination! D'ailleurs, la Halde[2] est de cet avis. En gros, André Santini et Pierre Bourdieu, même combat. Donc, pas de culture générale aux examens, pas de culture générale durant vos études. Inutile, bien entendu, d'imaginer que l'on puisse tenter d'enrichir la culture générale des individus issus des classes populaires. Vous ferez votre boulot, et pour le reste, il y a la télévision. C'est un idéal social. Heureusement qu'André Santini ne lit pas le New York Times. Il y apprendrait qu'aux Etats-Unis, on revient à la culture générale pour les études médicales. Cela donne de meilleurs médecins, paraît-il. Mais nous, en France, nous sommes plus malins. Formons donc des policiers incapables de rédiger (bonjour Outreau), des fonctionnaires bornés et des médecins limités, pour qui l'homme n'est qu'un ensemble d'organes. C'est de ça qu'on a besoin. De quoi d'autre? La culture, ce n'est pas l'accès à l'humain, c'est juste de la distinction sociale, n'est-ce pas. La maîtrise du langage, ça ne sert à rien. Visser boulon le jour, avaler Cauet le soir. Là, on n'est pas discriminé. Tout le monde il est égal, tout le monde il est décérébré.
Eh bien il n'y a pas de raison que l'université seule perpétue la discrimination. Nous aussi, à l'université, nous avons le droit à l'abrutissement. Réclamons-le haut et fort. Les réformes des concours d'enseignement, du cursus universitaire et du statut enseignant vont dans ce sens. Le nouveau professeur certifié devra connaître parfaitement l'organigramme administratif de l'éducation nationale, il sera recruté là-dessus, c'est de ça qu'il a besoin. Beaucoup moins de culture, instrument de distinction sociale. Les agrégés seront recrutés au terme d'une formation plus courte, qui intégrera plus de théorie pédagogique. En revanche, on économise l'année de stage. Ce n'est pas utile, pour un enseignant, de se former par un stage. Et puis surtout, ça revient cher, c'est là le problème. Au boulot à temps plein tout de suite, avec de la théorie pédagogique et une bonne connaissance du système éducatif, ça devrait fonctionner, non[3]?
Certes, on conservera des bouts de stage, mais avant le concours. De petits passages rapides dans une classe. Tout cela pour tous les étudiants en formation. Ce qui fait du monde, tellement de monde même qu'on n'aura pas la possibilité matérielle d'organiser correctement ces stages, mais au fond quelle importance?
Reste le cas des universitaires eux-mêmes. Ils ne seraient pas un peu cultivés? Ce ne serait pas de la distinction sociale, ça? En outre, ces fainéants prétendent faire de la recherche. Mais est-ce bien sûr? Il faudrait vérifier ça. L'autonomisation des universités consiste, en gros, à contrôler de plus en plus l'activité des universitaires, et à les faire dépendre toujours plus des autorités locales. Désormais, l'universitaire, déjà quasiment métamorphosé en rond-de-cuir à réunions et paperasses, passera son temps à pondre des projets, des évaluations et des rapports d'activité, c'est-à-dire à avouer ce qu'il fait et ne fait pas à l'inquisition publique. On a beau crier sur tous les tons que la liberté et le temps sont nécessaires à la recherche, rien n'y fait, l'obsession ministérielle est de contrôler. Un universitaire exerce trois métiers, enseignant, administrateur et chercheur. C'est déjà beaucoup. Mais on en distingue, dans le fond, un ou deux qui ne cherchent pas assez. Qu'ils enseignent donc plus. Cela s'appelle, dans la réforme, la «modulation des services».
En réalité, l'immense majorité des universitaires consacre déjà beaucoup de temps à la recherche. Le temps que leur laissent l'enseignement et la bureaucratie démultipliée par les diverses lubies tracassières des ministères ne suffit plus. Il faut chercher le soir, le samedi et le dimanche. En d'autres termes, si les autorités laissaient les universitaires tranquilles, ils pourraient chercher plus. Mais c'est constamment l'inverse qui se passe. Si une petite partie d'entre eux s'investit moins dans la recherche, cela ne justifie en rien une réforme des statuts, dont on a toutes les raisons de soupçonner qu'elle cherche, une fois de plus, à alourdir une charge de travail déjà considérable.
Cette réforme, qui entend compenser recherche et enseignement, part d'une méconnaissance totale de la réalité concrète de l'université, ce qui est un trait constant des politiques français et de ceux qui les conseillent. A l'université, recherche et enseignement, pour une part notable, ne se différencient pas. Comment comptabilisera-t-on les directions de recherche? Les déluges de mémoires à lire? Les soutenances de thèses? Les directions d'école doctorale? Les interventions dans des séminaires pour exposer une recherche en cours? Les directions de revues et de collections? Les organisations de colloques? Recherche? Enseignement? Administration? Et comment mesurer une recherche? Si vous vous consacrez cinq ans à un grand livre, vous ne faites rien de visible. Donc on vous accablera de charges. Si vous êtes plus malin, vous publiez des tombereaux d'articles creux. Ça ce voit, ça se mesure bibliométriquement: vous êtes un chercheur.
Ce qui sous-tend en réalité cette réforme, c'est que le ministère a bien compris la philosophie de ce gouvernement. Si la culture est une vieillerie discriminatoire, alors les universitaires sont des inutiles qui coûtent cher. Leur seule fonction consiste à occuper quelques années les centaines de milliers de jeunes gens qui n'ont pas eu accès aux grandes écoles. Avec plus d'heures d'enseignement, ils pourront donner plus de cours d'orthographe ou de connaissance du système éducatif au lieu de se consacrer à la recherche.
Afin de mieux les mettre au pas, la réforme remet entre les mains des présidents d'université leur recrutement, leurs services et leur promotion, dont une partie relevait autrefois du Conseil National des Universités. Ce qui est désopilant, dans cette mille cinq centième réforme, c'est qu'elle entend, comme les autres, remédier aux maux incontestables dont souffre l'université. L'un de ces maux, universellement pointé depuis des années, tient au clientélisme local. Par conséquent, excellent gag, la réforme s'empresse de renforcer autant que possible les conditions de ce clientélisme. Le roi-président n'aura plus qu'à distribuer les prébendes à ses courtisans, pour des motifs, bien entendu, qui seront tous directement en rapport avec l'excellence de la recherche et la qualité de l'enseignement. Qui pourrait penser autrement?
A l'horizon de cette réforme, qui s'inscrit dans la parfaite continuité des précédentes entreprises de démolition, l'université devient une sorte de lycée, où des enseignants bien soumis à la hiérarchie locale formeront des instituteurs bas de gamme, pauvres en culture générale mais riches en connaissances bureaucratiques. L'université se définissait autrefois par la liberté, le savoir, la recherche et sa transmission. Il fallait bien en finir avec ces conceptions discriminatoires.
P.J.
Toute l'actualité littéraire
[1] L'université n'est pas épargnée. La présentation des cursus, sur le site d'une grande université de la région parisienne, rédigée dans la novlangue dogmatique qui plaît au ministère (démocratiser, professionnaliser) arbore fièrement une faute d'accord et une faute de syntaxe. C'est le progrès qui veut ça, et c'est nettement plus démocratique comme ça :
La faculté des Lettres et Sciences humaines de l'Université Paris [...] propose un large éventail de parcours en Licence et Master.
Une faculté française qui:
Propose des cursus doubles licences aménagées ( 2 diplômes en 3 ans)
Propose des parcours en majeure/mineure
Propose un parcours spécifique «Professeur des Ecoles»
Met l'accent sur l'élaboration du projet professionnel de l'étudiant en proposant des parcours professionnalisant dès la première année.
Précisons que le site du campus de [...] est pressenti pour accueillir à l'horizon 2010, le deuxième IEP de Paris (Institut d'Etudes Politiques) après l'actuel site parisien de la rue Saint-Guillaume afin de démocratiser les études en sciences politiques et les ouvrir au plus grand nombre.
Une Faculté en phase avec le projet professionnel des étudiants:
La Faculté des Lettres et Sciences Humaines de l'Université Paris [...] basé à [...] a fait le choix de proposer des licences avec un grand nombre de parcours proposés aux étudiants dont des parcours professionnalisants à partir de matières classiques, d'où la mise en place d'un éventail de cursus et de parcours :
La licence bi disciplinaire Majeur/Mineur
Ces licences ont la particularité d'englober deux disciplines, une en «majeure », l'autre en « mineure »:
La mineure est intégrée à la place des options afin de ne pas augmenter la charge horaire.
La qualité de l'enseignement permet de maîtriser et s'ouvrir sur des compétences et des connaissances.
L'étudiant accroît ses chances d'insertion professionnelle (concours, entreprise...) ou de poursuite d'études en master.
[2] Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l'Egalité.
[3] Le 12 décembre 2008, le conseil d'administration de l'université Paris IV-Sorbonne, réuni en formation plénière, a voté à l'unanimité une motion pour exprimer son inquiétude devant le contenu de la réforme des concours. Pour lui, la suppression du stage de formation en alternance et la coïncidence de la préparation aux concours avec les travaux de recherche destiné à l'obtention du master «est susceptible de porter de très graves préjudices à l'ensemble des étudiants de France et à la recherche en Lettres et sciences humaines». Il estime donc ne pas pouvoir présenter de modalités de préparation aux concours. A la Sorbonne, c'est une première.
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25.06.2008
Oh mon dieu quelle horreur!!!
Un serial killer s'en prend aux lapins
Depuis un an, la police alllemande tente d'attraper l'ogre des clapiers. Sans résultats.
LIBERATION.FR : mercredi 25 juin 2008
Il décapite ses proies et les saigne: depuis un an, un tueur en série de lapins sème la panique chez les éleveurs de la Ruhr et rend chèvre la police allemande.
L'auteur présumé de ces massacres "agit la nuit, ouvre les clapiers, décapite les rongeurs avec un objet tranchant et emporte leur tête et leur sang", indique à l'AFP Volker Schütte, le porte-parole de la police de Bochum près de Witten, la commune où le premier cas a été signalé fin mai 2007.
Depuis, 11 cadavres décapités de lapins domestiques ont été retrouvés dans 10 jardins de particuliers à Witten, tandis que huit autres ont disparu de leurs clapiers.
"Les faits ont tous eu lieu dans un rayon de cinq km et se reproduisent systématiquement à l'identique", explique M. Schütte.
Dans la ville voisine de Dortmund, la police a aussi dénombré jusqu'à présent 18 décapitations dans 12 propriétés différentes. La dernière découverte macabre remonte au 2 mai.
De quoi affoler les 400 éleveurs de lapins de la zone concernée même si pour l'instant, le guillotineur ne s'attaque qu'à des clapiers contenant un à trois lapins. "Nous sommes préoccupés et avons renforcé la sécurité de nos clapiers", affirme à l'AFP Willi Naumann, président de la fédération locale des éleveurs de lapins. "C'est triste pour les enfants de voir leurs animaux de compagnie finir de la sorte".
Le sentiment d'insécurité est à hauteur des primes promises à celui qui mettra la main sur le bourreau: 15.000 euros récoltés par la fédération des éleveurs et auprès de particuliers.
"Un montant rarement proposé pour élucider des homicides et totalement inédit pour des affaires de criminalité animale", fait observer M. Schütte.
Une commission d'enquête, composée de cinq experts de la police criminelle, a été créée début avril pour retrouver l'inconnu. Mais malgré plus de 300 interrogatoires menés dans la région et des patrouilles nocturnes, la police ne dispose d'aucun indice.
"L'affaire reste un mystère" car le tueur de lapins, "un homme de la région qui déteste profondément les animaux", n'a laissé aucune emprunte génétique, souligne M. Schütte.
Ce qui est sûr, c'est que ces décapitations portent bien la signature d'un être humain, selon les résultats d'une autopsie réalisée en mai sur un lapin.
Et qu'elles suscitent un début d'intérêt médiatique international comme bien des spéculations. "Satanisme, vampirisme ou défis d'adolescents", ces trois thèses vont bon train au sein de la population, selon M. Schütte.
Pour tenter d'en savoir davantage sur cette énigme de "zoocriminalité", sans précédent dans la région, "la BBC était sur place la semaine dernière", affirme le porte-parole.
Des associations de défense d'animaux ont conseillé aux propriétaires de lapins de les rentrer chez eux la nuit.
La police n'exclut pas que l'inconnu espionne les jardins pour dénicher les clapiers en grossissant par exemple les plans satellites sur internet pour localiser ses proies.
"On attend qu'il recommence", dit M. Naumann. Et la police espère qu'avec un peu de chance, il commettra une erreur ou sera pris en flagrant délit.
source:http://www.liberation.fr/actualite/instantanes/histoiredujour/334646.FR.php?rss=true&xtor=RSS-450
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17.02.2008
Situation au Népal
Est-ce que quelqu'un est au courant de ce qui se passe actuellement au Népal??
Point fait par Adé, en direct...
http://kirikoudesindes.blogspot.com/
Bloquee au Nepal
Et bien oui je suis bel et bien bloquee au Nepal!! Comme c'est dommage...!! Non mais serieusement ca m'embete pcq j'avais dit que je serai de retour a l'ecole le 10 et je n'y suis toujours pas..
Bref c'est parti pour l'explication:
Vous devez tous savoir que la situation politique au Nepal n'est pas vraiment des plus enviables ou des plus stables, avec une sorte de guerre civile, les maoistes qi terrorisent le pays etc. Donc des greves frequentes bloquent le pays, manif communistes st souvent de mise et les frontieres sont fermees!
Le 13 au soir j'obtiens mon visa, j'apprends que le 14 aucun bus ne sortira de Kathmandu pr cause de greve. Le 15 au matin, on me dit qu'il y a peu de chances mais je tente la mienne et a 7h du mat me voila toute heureuse dans un bus direction Birganj (ville/poste frontiere). Ouf! me dis-je c'est deblooque je rentre a la maison! Que nenni!! Apres 8h difficiles dans le bus nous voila au milieu d'une etrange ville, pleine de trucks et de bus et de gens bizarre. On nous dit qu'on est a 50 km de Birganj et qu'il nous faut changer de bus pour aller a Simara, a 25km; de la on devra se debrouiller tout seuls pcq aucun vehicule ne rentre dans Birganj... Hum Suspicieux tout ca..Ce 2eme bus est plus que plein a craquer, c un petit bus de 30 places avec 45 personnes a l'interieur et 25 sur le toit. Nous faisons ces 30 km en 1h et demi (bonne moyenne!) a travers une route toute nue au milieu de la foret sans village, suivant le cours d'une riviere assechee ou des camions sortis d'on ne sait trop ou recuperent les cailloux. Atmosphere particuliere.
Arrvee a Simara nous causons plus avec un des mecs du bus qui nous dit que Birganj est fermee depuis 3 semaines, ce que personne a Kathmandu n'avait juge utile de nous dire, et surtout pas les vendeurs de billet de bus pr Birganj!! Il parait qu'on peut essayer d'y aller en rickshaw mais que la frontiere risque d'etre fermee et que la bas plus la route pour y aller st trop dangereux.. Pour l'autre poste de frontiere a 11h de bus d'ici, la situation est exactement la meme mais seulement depuis 3 jours. Toutes les routes de sorties sont bloquees on est pieges! A etre piege vaut mieux etre a Kathmandu, c'est qd meme moins dangereux et plus agreable; mais la aussi il y a des rumeurs comme quoi a partir du 17 fevrier la ville va subir un boycott, toutes les routes fermees, plus d'electricite, de fuel, de nourriture etc.. Mais aujourd'hui on est le 17 et ca a l'air d'aller! En tout cas il y a 2 jours on na'avait auucne autre connaissance que cette rumeur.. Donc grosse hesitation, de toute facon nous sommes bloquees dans cette ville pr la nuit. Le mec qui nous a donne toutes ces infos et aide nous invite donc a passer la nuit chez lui, dans son village a 3 km de la.. C'est parti!
J'ai l'impression de retrouver mon village indien mais en plus grand et surtout moins pauvre a tous les niveaux , qualite des maisons, de la route/chemin, variete de l'agriculture, disponibilite de plein de choses (ecole, temple, mini epicerie etc) C'est la que je realise que celui ou je bosse est VRAIMENT demuni, et que c'est peut-etre la norme dans le Bihar mais pas dans les regions voisines, environnantes. Bref nous sommes acueillies merveilleusement dans sa famille, sa derniere fille de 7 ans m'adopte de suite et se met elle aussi a m'appeler Didi! Tout le village defile devant nous, quartier par quartier quasiment!! Le mec un peu gene et intimide nous fait rentrer dans la chambre pensant que ca empechera les gens de venir nous observer. Pas du tout! LA chambre se remplit, se vide et se reremplie de nouvelles tetes, toutes ravies et bien etonnes de voir de telles creatures!! A un moment n groupe d'adolescents parlant anglais arrive et nous dit "nous sommes venus de loin pr vous voir!" Super repas en compagnie de sa femme adorable! La aussi ca semble different d'en Inde, elle est tres presente, parle, repond a son mari, elle n'a pas du tout l'attitude des femmes indiennes soumises face a leur mari ou tout simplement absente et effacee en public, bien au contraire, elle est fiere de nous avoir chez elle! Tellement gentille!
Bref apres une bonne nuit le defile recommence le matin jusqu'a ce que nour partons en moto avec 2 amis de notre "ange-gardien" qui nous amenent jusqu'a la ville d'a cote ou nous trouvons un bus pr Kathmandu. Un de ces mecs nous dit qu'il rentrait de Birganj en amblance hier et qu'ils ont ete attaques par les troupes maoistes ou autres (?).. Si ces gens sont meme capables d'attauqer une ambulance ils st prets a tout, vat mieux pas tenter notre chance et prendre des risques inconsideres, ni trainer trop longtemps dans le coin. Ces gens ne nous ont pas tout dit, on le sent bien a leurs regards, eux aussi ont peur, et il doit y avoir bien plus que les dangers qu'ils nous ont dit..
Retour a Kathmandu donc dans un bus a chauffeur completement tare qui roule a une vitesse incroyable et double dans les virages sans visibilite. Mais bon au lieu de 9h nous en mettons 7! Et nous arrivons enfin a Kathmandu. Prenons un bus de ville cense nous deposer a Thamel (notre quartier) mais qui ne s'arrete jamais pr nous, les gens disant toujours que c'est plus loim; le bus est plus que bonde, le chauffeur vient souvent par la fenetre pr faire tasser encore plus les gens. En nepalais il leur crie quelque chose comme "sarde sarde" sans arret. Je sais pas si ca veut dire reculez ou serrez-vous mais en tout cas apres avoir ete sarde ils sont serres comme des sardines... Et avec un gros sac a dos au milieu pas tres facile de voir ou on est. Alors apres avoir fait le tour de la ville pendant 1h30 dans ce foutu bus nous arrivons enfni a en sortir et prenons un taxi. Nous etions a l'oppose de Thamel! Ouf Enfin arrivee, retour au meme hotel 2 jours apres l'avoir quitte; j'ai l'impressin que c'est une mauvaise blague, un repet again dans un film.. Retour a la case depart et pour combien de temps??? Le soir je retourne voir mes musicos qui font des tetes a prendre en photo en me voyant debarques!! Quelle rigolade! ils me croyaient tous en Inde et non...
Bon treve de suspense je ne resterai pas ici 2 semaines a attendre que la route se debloque je prends un avion que je viens juste de reserver, mardi pr varanasi, de la train pr chez moi! Il vaut mieux et ce sera plus safe qd meme.
Ici 8 h par jour l'electricite est coupee dans toute la ville. Le fuel est plus que rare. AUjurd'hui i devait y avoir une livraison a 8h du mat, du coup depuis hier soir 10h les voitures (bus et taxi en fait) font la queue, il y en avait plus de 300 devant la station. Meme chose avec le gaz pour cuisiner, les gens font la queue pendant5h pr pouvoir cuisiner... C'est abberant! Et cela pcq les routes et frontieres sont bloquees. Combien de temps cela va-t-il durer??
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11.02.2008
Outré
Un étudiant condamné pour outrage à Sarkozy
NOUVELOBS.COM | 11.02.2008 | http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/international/20080211.OBS9906/un_etudiant_condamne_pour_outrage_a_sarkozy.html?idfx=RSS_notr
Moncef Fellahi était poursuivi pour avoir brandi, lors de la visite du président français à l'université de Constantine, une pancarte portant l'inscription "Algérie algérienne et arabe. Sarko... quelles sont tes origines. Sarko pourquoi vous êtes raciste?"
Moncef Fellahi, un étudiant algérien de l'université de Constantine, a été condamné le 22 décembre dernier à 500 euros d'amende pour outrage à Nicolas Sarkozy lors de la visite du président français dans cette capitale de l'est algérien, a-t-on appris lundi 11 février de source judiciaire.
Le jeune homme avait été interpelé à Constantine, le 5 décembre, pendant la visite d'Etat de Nicolas Sarkozy en Algérie.
Il était poursuivi pour avoir brandi sur l'artère principale de la ville une pancarte frappée d'étoiles de David et portant l'inscription "Algérie algérienne et arabe. Sarko... quelles sont tes origines. Sarko pourquoi vous êtes raciste?".
Six mois de prison ferme requis
Le procureur du tribunal de Ziadia (Constantine) avait requis six mois de prison ferme et une amende de 500 euros.
La visite d'Etat en Algérie de Nicolas Sarkozy avait suscité une vive polémique à la suite de propos du ministre algérien des Moudjahidine (combattants de la guerre d'indépendance), Mohamed Chérif Abbès, sur les origines juives du président français et sur le soutien que lui aurait apporté un prétendu "lobby juif" pour assurer son accession à la présidence française.
Mohamed Chérif Abbès, soutenu par l'association des vétérans de la guerre d'indépendance, avait été désavoué par le président algérien, Abdelaziz Bouteflika.
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27.01.2008
Article express
La derniere fois, je n'avais mis qu'un extrait, en voici l'intégralité...
Samedi 26 janvier 2008
LEXPRESS.fr du 22/01/2008
Carla Bruni
Enquête sur la femme qui dérange
Elise Karlin
Elle a infléchi le cours du mandat présidentiel avec plus de force que n'importe quelle révision constitutionnelle. Elle fait tanguer la cote de popularité du chef de l'Etat. Demain, elle sera «première dame de France». Changement d'époque à l'Elysée, révolution des mœurs politiques: comment l'ex-mannequin et chanteuse se glissera-t-elle dans les habits de tante Yvonne?
l y a un peu plus de vingt ans, ils se sont sûrement croisés. A cette époque, Carla Bruni, à peine adolescente, écoute les 45-tours du groupe Téléphone en rentrant du lycée Janson-de-Sailly. Nicolas Sarkozy, tout juste l'âge de raison, est dévoué corps et âme à son ambition.
Il s'apprête à forcer le destin à Neuilly, après avoir participé à la fondation du RPR, ce Rassemblement pour la République qui doit porter Jacques Chirac à l'Elysée. Un soir, l'ex-Premier ministre du président Giscard d'Estaing demande au «fils prodige» de l'accompagner à un dîner chez de riches Italiens, exilés en France pour raisons politiques. Il s'agit d'Alberto et Marisa Bruni Tedeschi, les parents de Carla Bruni, héritiers d'une fortune considérable. Le couple «reçoit» beaucoup dans son appartement parisien. Industriel reconverti, il est compositeur, elle est pianiste. Ils comptent parmi leurs convives les plus grands noms de la musique, mais aussi des intellectuels et des responsables politiques. A 84 ans, Marianna Parolin, la nounou de la famille, assure qu'elle se souvient encore de ce Sarkozy, avec son air de gamin. Même si, ce soir-là, elle n'a d'yeux que pour Jacques Chirac: «Il était si beau!»
Le temps passe. «J'ai plus de souvenirs que si j'avais 1 000 ans», pourrait, à ses heures de spleen, écrire Mlle Bruni. En 1973, cette petite fille de 6 ans quitte une Italie secouée par le terrorisme d'extrême gauche. C'en est fini des jours dorés dans le parc de Castagneto Po, sur la colline de Turin. C'en est terminé de cette liberté si particulière accordée aux enfants de la grande bourgeoisie, livrés à eux mêmes par des parents trop absents. Malgré l'armada de gardes du corps, les Bruni Tedeschi craignent pour la sécurité de leur famille. Ils hésitent entre les Etats-Unis et la Suisse, choisissent la France, dont vient la grand-mère maternelle, Renée, laissent derrière eux une partie de l'extraordinaire collection d'antiquités d'Alberto Bruni Tedeschi. Onze ans après la mort de cet amateur éclairé, en 2007, quelques-unes de ces œuvres d'art, vendues aux enchères, rapporteront 18 millions d'euros... Dans un univers où la culture est une évidence et le luxe une habitude, Marisa Bruni Tedeschi, pianiste reconnue sous le nom de Marisa Borini, rêve de noces prestigieuses pour sa progéniture: «Quand la famille habitait la résidence du cap Nègre, sur la Côte d'Azur, elle espérait que ses enfants deviendraient amis avec ceux du prince Rainier, les petits Grimaldi», raconte encore la nounou, Marianna Parolin, au quotidien italien La Stampa.
Elle a grandi dans un univers où la culture est une évidence
Le Rocher n'intéresse pas Carla Bruni, plus papillon que coquillage. Avec la «bande des "a"», ses copines Johanna, Rapha, Sophia et Maria, elles font vibrer les nuits parisiennes, insouciantes et légères. En 1986, elle entame une carrière de mannequin (voir l'article d'Anne-Laure Quilleriet, page 40). Elle a de longues jambes et des yeux de chat, le succès est immédiat. «Sexe, drogue et rock'n'roll» - Carla Bruni, «croqueuse d'amants», dira-t-elle d'elle-même dans Marie Claire, en avril 2007, met le monde à ses pieds. Elle affole la planète au gré des défilés, rejoint le firmament des nouvelles stars, ces créatures fardées dont la beauté assure l'avenir immédiat. Entre deux hôtels, entre deux avions, entre deux continents, entre deux cachets faramineux, elle devient une professionnelle de la célébrité, apprend à contrôler son image dans un univers où seuls les imbéciles ne se fient pas aux apparences. Les people, Carla Bruni a participé à les inventer, ces étoiles pâles dont l'incroyable notoriété tient à la surexposition médiatique plus qu'au talent.
L'étourdissement dure dix ans. «Le mannequinat, c'est comme le sport: à 30 ans, vous êtes mort», expliquet- elle dans Le Monde en 2002. «Lassitude de voir toujours les mêmes visages. On peut trouver ça insupportable et tirer sur la corde en coupant ses tarifs, ce qui est pathétique.» Les podiums, les feux de la rampe et leurs artifices n'en sont pas moins douloureux à quitter. La presse, bonne fille, reste friande de ses amours, que Carla Bruni confesse parfois dans Elle ou dans Paris Match. Parfois seulement - en 1998, une agence fait parvenir à Voici une série de photos de Mick Jagger franchissant le seuil de l'appartement de la jeune femme pour n'en sortir qu'au lendemain matin. Or la belle a un fiancé (officiel). Jacques Colin, ex-rédacteur en chef de l'hebdomadaire, raconte qu'elle l'appelle immédiatement, tente de racheter les clichés, en vain, et finit par l'interroger: comment peut-elle réussir à se faire oublier?
«Ne gravons pas nos noms au bas d'un parchemin»
En 2000, pourtant, c'est un souvenir éternel qu'elle laisse à ceux qui la croisent sous les ors d'un palais républicain. En minishort, cuissardes et lunettes noires, Carla Bruni déambule dans les couloirs. Elle est la tendre amie (officieuse) de l'heureux occupant des lieux. L'un des très proches collaborateurs du monsieur, sans du tout la reconnaître, croise l' «apparition» au détour d'un rendez-vous. Il imagine qu'il s'agit d'une collaboratrice, lance à son camarade: «Nom de Dieu! Je comprends mieux pourquoi tu voulais travailler ici!» Mais elle s'ennuie vite, lassée de montrer à ses amis les longues lettres qu'elle reçoit. Il n'est pas temps de briser les carcans - si le milieu politique bruit de l'aventure, elle reste du domaine réservé. Décidément, Carla Bruni n'est pas de ces femmes qu'on oublie. Elle défraye de nouveau la chronique des bavards quelque temps plus tard: partie en week-end avec l'éditeur Jean-Paul Enthoven, elle séduit son fils Raphaël, déjà marié. Elle partage pendant plusieurs années la vie du jeune philosophe, qui choisit de ne pas lui demander sa main. «Ne gravons pas nos noms au bas d'un parchemin», chantait Brassens, contre le triomphe des contraintes sur la liberté: «Au diable les maîtresses queux/ Qui attachent les cœurs aux queues/ Des casseroles!» Dans son dernier livre, Un jeu d'enfant. La philosophie (Fayard), publié en janvier 2007, Raphaël Enthoven n'est pas moins sévère avec l'institution. Il la compare à l'homme politique qu'il juge le plus normatif, le plus symbolique de l'ordre établi: «Le mariage, c'est Sarkozy. Le mariage, c'est la loi.» Etrange prémonition, plusieurs mois avant l'annonce à grand fracas des noces de la femme qu'il aimait avec l'homme qui lui ressemble si peu.
Dans l'avion, Sarkozy écoute Aznavour... et Carla Bruni
Cette fois encore, Carla Bruni et Nicolas Sarkozy se sont croisés par hasard. Le président, à peine divorcé, veut être diverti. Il appelle un jour le publicitaire Jacques Séguéla, ex-héraut de la Mitterrandie converti au sarkozysme, pour qu'il organise un dîner. A la mi-novembre, les agapes réunissent le chef de l'Etat, la chanteuse, l'ancien ministre Luc Ferry et sa femme, l'animatrice de télévision Péri Cochin et son compagnon. A la fin du repas, Carla Bruni demande à Nicolas Sarkozy s'il «a une voiture» pour la raccompagner. «Oui, je crois que j'ai une voiture», répond le président, qu'un cortège de véhicules officiels attend au pied de l'immeuble. La légende commence à s'écrire. Elle racontera qu'un peu plus tard la dame s'en est étonnée auprès de son hôte: son «chauffeur», auquel elle a pourtant glissé son numéro de téléphone, ne l'a pas immédiatement appelée...
Les politiques ne le savent pas encore, mais ils vont bientôt pénétrer dans une autre dimension, un «ailleurs» dont personne ne soupçonne l'existence. Dans l'avion qui l'emmène en Chine, à la fin de novembre, le chef de l'Etat écoute Charles Aznavour et... Carla Bruni. «C'est quelqu'un qui m'a dit/ Que/ Tu m'aimais encore/ Serait-ce possible alors...» Nicolas Sarkozy sourit, aussi, en lisant son courrier. Le 16 décembre, l'idylle est publique. Le couple n'est pas découvert à Venise, pas même à Vérone. Non, les tourtereaux sont saisis devant la parade de Disneyland Paris, avec le fils de Carla Bruni et sa mère, Marisa Borini. Stupeur et tremblements. Une frénésie médiatique s'empare de la France, de l'Italie, du monde entier (voir l'article de Philippe Broussard, page 38). Dans la péninsule, on débat à la télévision sur la «reine de France». Dans l'Hexagone, c'est le début d'une séquence folle qui fera chuter d'autant la cote de popularité du président, lui dont la stabilité dans l'opinion ne s'était pas démentie depuis 2002. Trop de clinquant, trop d'argent, trop d'images des amants. Pas assez de résultats, pas assez de pouvoir d'achat.
«Elle attendait un homme capable de la rassurer»
Avec la même facilité qu'elle fréquentait des acteurs et des rock stars, Carla Bruni s'installe au cœur du paysage politique. Avec elle, les déplacements officiels du chef de l'Etat se terminent en escapades amoureuses. Avant d'être président, Sarkozy s'affiche en homme épris. «Carla, c'est du sérieux», professe-t-il avec la goujaterie d'un adolescent aux 600 journalistes qui suivent sa conférence de presse, le 8 janvier. Ses conseillers sont catastrophés, qu'importe - il confirme ce jour-là qu'il veut l'épouser. Carla Bruni mariée! La même qui disait au Figaro Madame il y a moins d'un an, le 17 février 2007, «s'ennuyer follement dans la monogamie», celle qui avouait à Gala, le 2 mai 2007, que le mariage était «un peu comme un piège, comme si on vous marquait au fer rouge. Tout est considéré comme acquis. Vous devez en plus jurer fidélité!» Carla Bruni mariée. Mme Nicolas Sarkozy, franco-italienne, n'aura en tout cas plus besoin de la carte de séjour qu'elle détient aujourd'hui.
Il en est qui ne doutent pas de la sincérité de cet amour. Le musicien Aldo Romano, avec qui la chanteuse a enregistré un titre en italien, n'est pas étonné: «Lorsque j'ai travaillé avec elle, je l'ai sentie à un tournant de sa vie. Elle a été très touchée par la mort de son frère, en 2006. J'ai eu l'impression qu'elle avait besoin de se poser, qu'elle attendait un homme capable de la rassurer, de tout prendre en main. Nicolas Sarkozy dégage cette énergie incroyable, qui vous laisse penser que tout, désormais, va bien se passer.» D'autres, moins optimistes, se demandent combien de temps va passer avant que le pouvoir la lasse. Elle qui, avec cette désinvolture que la société judéo-chrétienne chère à Sarkozy admet chez un homme et condamne chez une femme, déclarait dans la presse: «Je préfère qu'on me traite de prédatrice que de vieux sac à puces! Prédatrice, ce n'est pas si mal pour une fille, ça déplace le jeu...»
«Le président n'a pas vu que la belle fille en elle»
En attendant, Carla Bruni travaille. Très attachée à son statut d'artiste depuis le succès de son premier album et son prix aux Victoires de la musique, elle prépare un troisième disque et continue d'écrire des textes pour Julien Clerc (voir l'article de Gilles Médioni, ci-contre). Dans son entourage professionnel, on redoute que ses amours n'aient raison de sa carrière et que la critique, jadis enthousiaste, ne devienne assassine. Nicolas Sarkozy, lui aussi, prend très à cœur le labeur de sa compagne, au point de téléphoner à son agent pour s'enquérir de l'état d'avancement du projet! A peine plus d'un mois après la rencontre de sa fille et du chef de l'Etat, la propre mère de Carla Bruni, Marisa Borini, révélait dans Le Parisien du 30 décembre, avec une déconcertante impudeur: «Si Carla devient la première dame de France, elle devra garder pour elle un lieu et du temps pour écrire [...]. Je pense que le président n'a pas vu que la belle fille en elle, et qu'il respecte beaucoup son côté artiste. On en a parlé ensemble.»
Quand elle ne compose pas, Carla Bruni profite du foncier. Le 23 décembre, elle a fêté ses 40 ans dans l'une des résidences de la République: «Viens à la Luzerne, pour mon anniversaire! propose-t-elle à l'un des invités. - La Luzerne? - Mais oui, tu sais, près de Versailles...» L'interlocuteur, habitué des palais, rectifie aussitôt: «Tu veux dire la Lanterne! - C'est ça, la Lanterne.» Ses proches, la gauche éclairée germanopratine, ne partagent aucune des convictions du président? Celui-ci n'aime rien tant que l'adversité. Qu'un artiste échauffé par un peu de boisson le prenne à parti, dans l'ambiance feutrée d'une soirée privée, et le voilà dans le rôle où il excelle - candidat en campagne. A l'Elysée, les anniversaires succèdent aux anniversaires. Ainsi Carla Bruni prépare-t-elle en ce moment une petite sauterie pour les 53 ans de Nicolas Sarkozy, le 28 janvier. «Happy Birthday, mister President!»
Elle «teste» ses prochaines chansons auprès du président
Le «jamais vu» le dispute au «jamais vécu». Jamais vu, la vraisemblable future première dame de France presque nue sur des photos qui circulent via Internet; jamais vu, la même enflammant sur les écrans de télévision une publicité pour une voiture: «Cinq ans de garantie», promet désormais le constructeur, avec un sens de l'à-propos commercial à mille lieues de la fonction présidentielle. Jamais vécu, cette débauche d'images de caresses et autres gestes tendres, cette intimité étalée au sommet de l'Etat; jamais vécu, cette folie qui pousse les journalistes à se précipiter à la mairie, chaque jour, au prétexte que le mariage y serait en cours. Ce n'est pas encore une révolte. C'est déjà une révolution.
Pascal Rostain, célèbre paparazzi de ses amis, assure que Carla Bruni ne lit pas ce que les journaux écrivent sur elle: «Les photos d'elle en maillot en Egypte, elle ne les avait pas vues. Quand je lui en ai parlé, elle m'a juste demandé: "Je suis bien? "» La foultitude des échos de sa présidentielle romance ne paraît pas la soucier. Aussi naturelle qu'avec un journaliste venu l'interviewer pour la sortie de son disque, et auquel elle répondait en tailleur sur son lit, elle s'adapte à la classe politique. Le 12 janvier, Carla Bruni participe au déjeuner qui suit une réunion de l'UMP, assise avec Rachida Dati, Jean-Pierre Raffarin, Brice Hortefeux, Nathalie Kosciusko-Morizet et Tony Blair. Ce n'est même pas la première fois qu'elle croise l'ex-chef du gouvernement britannique: elle l'avait rencontré jadis en compagnie de Mick Jagger et elle était déjà au dîner qu'il a partagé avec Sarkozy en Egypte, au tout début de janvier. Des soucis de protocole, peut-être (voir l'article de Ludovic Vigogne, ci-contre). Mais aucun problème de compréhension: si Tony Blair parle un français parfait, Carla Bruni, pour sa part, maîtrise l'anglais, l'italien et l'espagnol.
Ce samedi, plus enjouée que jamais, elle joue les maîtresses de table au Bristol, sur les terres de «l'ex», Cécilia Sarkozy, et parmi ses anciennes amies, comme Mathilde Agostinelli. Elle raconte son prochain disque, avoue qu'elle «teste» certaines de ses chansons auprès du président, aperçoit soudain l'une de ses copines, présente Karen Mulder, égérie blonde et parfaite des années 1980, à des ministres qui n'en peuvent mais. Une rencontre improbable, quelques grammes de glamour dans un monde d'obscurs, la collision de deux univers que tout oppose - Carla Bruni n'est pas une femme qui dérange, c'est la femme qui rapproche l'Elysée du soleil, de l'éblouissement de sa lumière, de ses mirages, des brûlures lentes de son auréole. A vouloir jouer les Icare, Nicolas Sarkozy a commencé à flamber.
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23.01.2008
Attali power...
Choses vues et entendues à la mi-journée au Théâtre du Rond-Point à Paris, où Jacques Attali présentait à la presse son rapport «sur la libération de la croissance française».
ALEXIS DANJON LIBERATION.FR : mercredi 23 janvier 2008 http://www.liberation.fr/actualite/politiques/305682.FR.php?rss=true
Pour présenter le rapport de sa Commission pour la libération de la croissance française ce mercredi, Jacques Attali a vu les choses en grand. Location du théâtre du Rond-Point, distribution du bouquin aux 200 journalistes présents - à 18,90€ dans le commerce, on vous laisse faire le calcul – et invitations tous azimuts.
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François Berléand, à l’affiche dans Batailles à partir du 20 février dans ledit théâtre, rôde dans les parages. Sans doute surpris de voir autant de personnes un midi. Mais désolé François, la star du jour, c’est Jacques.
Et comme toutes les stars, il est en retard. «On est désolé, ça a pris un petit peu de temps à l’Élysée. Ca vient de finir, ils arrivent tout de suite», prévient une attachée de presse.
Dix minutes plus tard, le voilà enfin. Le temps de prendre la pose avec Jean-Michel Ribes, le directeur du théâtre, pour les photographes, et la conférence commence.
Attali, forcément, prend la parole. Un petit speech d’un quart d’heure pour présenter rapidement son rapport et il cède enfin la parole à ses experts. Mais pas trop non plus. Chacun a droit à une minute de parole. Ce que maître Attali ne manque pas de rappeler à Anne Lauvergeon, présidente d’Areva: «Je vous demanderai d’être très rapide.»
«Je finis», lui répond sèchement la PDG. En véritable metteur en scène, il déplace ses experts, leur donne la parole, les coupe. Un exercice qui ennuie visiblement le psychiatre Boris Cyrulnik, membre de la commission, qui pique du nez dangereusement. Et le moment tant attendu par le grand Jacques arrive enfin: répondre aux questions de «nos amis journalistes».
Sarkozy est-il d'accord avec l'idée de relancer l'immigration ? Attali esquive: «Le Président a donné son désaccord sur 3 propositions — la suppression du principe de précaution, des départements et de la réglementation des pharmaciens — et son accord sur les 313 autres…»
Un journaliste contre-attaque: «Concernant le recours à l’immigration, le Président ne s’est pas expliqué clairement. Qui ne dit mot consent?» «Je pense que c’est cela qu’il faut entendre», répond l’ancien conseiller de Mitterrand. «Vous n’en avez pas parlé avec lui?» «Mes rapports avec le Président s’arrêtent à la rencontre que vous avez vue ce matin.»
Et l’objectif de 25.000 expulsions fixé par Sarkozy à son ministre de l’Immigration? «A mon avis, ce n’est pas compatible avec notre proposition. Mais nous n’en avons pas parlé dans la commission.» Le recours à l’immigration «diplômée, qualifiée, permettait d’augmenter la croissance de 0,5% par an», rappelle-t-il.
Concernant enfin l’ambition du rapport «qui le condamnerait à aller au placard» selon une journaliste, Attali lance à l’assemblée: «Ricanez, vous avez raison. Mais cette question, il faut la poser aux personnes qui vont le mettre en œuvre.»
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